La soirée d’hier aura une nouvelle fois démontré à quel point la quête de la vérité peut être exigeante. Après plusieurs années passées à semer le doute dans l’esprit des électeurs sans parvenir à récolter les suffrages espérés, certains de nos opposants poursuivent avec une constance admirable leur mission d’investigation.
Au programme : recherche intensive de coupables, traque de la mauvaise foi et détection de scandales potentiels. Une tâche d’autant plus difficile que les faits ont la regrettable habitude de résister aux hypothèses les plus séduisantes.
Premier sujet d’indignation : l’absence de plusieurs feuilles dans les annexes budgétaires, ayant conduit au report du conseil. Manifestement, les élus auraient dû abandonner leurs autres occupations pour se consacrer à une activité plus conforme aux attentes de l’opposition : le comptage minutieux des pages. Chacun sait en effet que la qualité d’une gestion publique se mesure avant tout à l’exactitude de la pagination.
Vint ensuite le grand moment financier de la soirée. Notre opposant en chef, dans un souci louable de préservation des deniers publics, avait demandé des explications sur une dépense de 712.51 € au sein d’un budget dépassant les 7 millions d’euros. Une somme considérable, susceptible à elle seule d’ébranler les fondements de la République.
La réponse lui fut apportée dès le conseil municipal, avec tous les détails nécessaires, centime compris. Une transparence à ce point excessive qu’elle en devenait presque embarrassante.
Hélas, le mystère s’effondra brutalement. Confronté à une réponse précise, notre enquêteur expliqua alors que sa question n’était pas exactement celle-là. On ne saurait lui en tenir rigueur : lorsqu’on part à la chasse au mammouth, il est toujours décevant de revenir avec un lapin.
Mon voisin et ami chargé des finances, visiblement ému par tant de rigueur intellectuelle, évoqua alors les effets parfois surprenants d’une consommation excessive de sucre sur le comportement humain. Grande amatrice de confiture, je crus d’abord être concernée. Mais à ma grande surprise, le procureur Larquier sembla immédiatement se sentir visé.
La remarque était pourtant parfaitement générale et ne visait absolument personne. C'est d'ailleurs ce qui rendit la réaction du "procureur Larquier" particulièrement intéressante. Alors que l'assistance cherchait encore à comprendre où se trouvait la cible, il avait déjà identifié le coupable.
Une efficacité qui, appliquée aux enquêtes budgétaires de la soirée, aurait sans doute permis de gagner un temps précieux.
Au final, cette soirée laissera un goût amer à ceux qui espéraient révéler quelque sombre machination. Après des heures de recherches minutieuses, le principal scandale découvert restera donc... l’absence de quelques feuilles de papier et une dépense de 712,51 € parfaitement justifiée.
Pour une révolution annoncée, convenons que le butin était modeste.
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